
Entretien avec Lantosoa Rakotomalala, Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, en charge du MICA, outil souverain de la transformation stratégique et durable de l’économie de Madagascar.
Comment le Plan Emergence de Madagascar va-t-il booster l’investissement dans le secteur industriel ?
L’industrialisation de Madagascar est un levier clé du Plan Emergence Madagascar dont les objectifs visent à instaurer un environnement des affaires propice à la croissance, à l’investissement et à l’emploi mais aussi renforcer la compétitivité des entreprises Malagasy et promouvoir les investissements directs étrangers. Le département mise sur un portefeuille de programmes : la promotion de l’industrialisation régionale basée sur les potentialités de transformation spécifique à chaque district du pays à travers l’ODOF ou One District One Factory, l’accompagnement des industriels à une diversification d’activités, la promotion des parcs industriels ainsi que la mise en marché des zones industrielles agroalimentaires et textiles. La production locale des biens de consommation courante, représentant un marché intérieur de plus de 26 millions de consommateurs, tend ainsi à faire baisser les importations de ces biens. Les programmes d’infrastructure du Plan Emergence Madagascar actuellement en avance dans le pays contribuent à améliorer les couts de facteurs industriels : construction de route, développement de plateforme logistique, extension des ports et aéroports, développement du secteur énergétique, agriculture à grande échelle.
Envisagez-vous sereinement l’entrée de votre pays dans la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf)
Madagascar fait partie des 54 pays africains qui ont signé l’accord lancé à Kigali en 2018. La ratification de l’accord marquant l’intégration dans ce marché de 1,3 milliard de consommateurs nécessite une préparation, tant au niveau de l’Etat que du secteur privé. Accompagner la diversification de nos exportations, éclairer davantage le secteur privé sur les enjeux et opportunités de l’intégration, soutenir le secteur productif à la compétitivité tant au niveau local qu’à l’international, développement de l’industrie de services sont la préparation que le ministère et le secteur privé s’attèlent actuellement en vue de l’intégration à la ZLECAF. Par ailleurs, l’Agence de Promotion de l’Exportation de Madagascar est opérationnelle au second semestre 2021 pour servir de levier dans la promotion de nos exportations.
Quelle place accordez-vous à l’artisanat et au « made in Madagascar » ?
La vision de l’artisanat à Madagascar est axée notamment sur les métiers d’artisan. En effet, longtemps considéré comme étant seulement producteur de produits artisanaux, le changement de paradigme se repose sur la prise en considération du département en étant le plus grand pourvoyeur d’emploi à Madagascar. En effet, le recensement opéré par l’INSTAT ou Institut National de la Statistique décompte une base de données de plus de 489.000 artisans à l’échelle du pays en 2020, chaque artisan pratique un métier employant en moyenne cinq personnes, regroupé autour de 147 métiers allant du métier d’artisan pâtissier au métier de créateur d’objets artisanaux. La digitalisation et formalisation du secteur sont les chantiers actuels en vue de doter davantage de formation, d’outils de production et de financement de ceux qui créent et développement des micro petites et moyennes entreprises autour des métiers d’artisans à Madagascar. Pour les produits artisanaux Made in Madagascar, l’utilisation du raphia de Madagascar dans les grandes marques internationales de la mode et la créativité des artisans ne cessent de surprendre le marché international. Pépinière d’entreprises, vivier de l’emploi décent, le secteur de l’artisanat participe à la croissance et au développement de Madagascar et contribue de manière effective à la création de richesse. Le MICA met donc un point d’honneur à densifier les opportunités pour ces entrepreneurs, associations, clusters et coopératives.